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LE MINISTRE FRANCAIS SARKOZY
Dans un livre d'entretiens qui vient de paraître sous le titre : "La République, les religions et l'espérance" (éd. Cerf) , Nicolas Sarkozy, l'ancien ministre de l'Intérieur et ministre des Cultes, se prononce pour une révision de la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État, en France. "Un débat que l'on pensait clos : même l'Église catholique ne s'aventure plus aujourd'hui à pareille requête !" (Henri Tincq). Contrairement à beaucoup de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy s'est passionné pour cette seconde attribution, le "ministère des cultes". Il suffit de l'avoir vu à l'ordination épiscopale de Mgr Philippe Barbarin, à Lyon, ou en bras de chemise, négocier pied à pied avec les musulmans pour s'en rendre compte. Concernant la loi de 1905, il n'a certes nulle envie de remettre en cause l'équilibre actuel d'une laïcité qu'il approuve. Mais, il veut revenir "à une laïcité active, et non passive ou honteuse". Les religions sont un facteur d'«enrichissement» pour la société, dit-il. "On trouve naturel que l'État finance un terrain de football, une bibliothèque, un théâtre, une crèche ; mais à partir du moment où les besoins sont culturels, l'État ne devrait plus engager un centime!" Concrètement, donc, c'est sur le problème financier que portent ses propositions : assouplissement d'une part des conditions dans lesquelles les collectivités publiques peuvent aider au financement des édifices du culte, et même un engagement financier de l'État dans la formation des futurs ministres du culte, d'autre part. La proposition d'un financement public du culte musulman laisse ainsi sceptique Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Le culte musulman peine à s'autofinancer et l'ancien ministre de l'intérieur le déplore dans son livre. Mais M. Boubakeur estime que "les inconvénients d'un financement public pour l'édification de mosquées et la formation des imams seraient supérieurs aux avantages". Le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, qui se dit "ferme sur les principes de la laïcité", ne verrait aucun inconvénient à ce que l'Etat dise que pour une période de dix ou vingt ans, "il faut aider l'islam et lever l'interdiction de financement public du culte musulman". Il n'est pas sûr que cette proposition fasse toutefois l'unanimité dans son propre camp. Par contre les protestants redoutent que le législateur touche à la loi de séparation qui a garanti le retour à la paix religieuse. Les juifs aussi préfèrent le statu quo. "La laïcité est un acquis de la République, la condition du progrès de la modernité", affirme Moïse Cohen, président du Consistoire israélite de Paris. Le grand rabbin de France, Joseph Sitruk, s'est toujours réjoui de la bonne intégration des juifs dans la République laïque. L'écho est le même chez les catholiques. Après des décennies d'ignorance (officielle), la hiérarchie épiscopale et le gouvernement ont mis au point, sous Lionel Jospin d'abord, sous Jean-Pierre Raffarin ensuite, un "canal de dialogue" pour parer aux crises. Plutôt que de réveiller les démons du "laïcisme", le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, et Mgr Jean-Pierre Ricard, président de la conférence épiscopale, souhaitent aussi que "le jeu soit calmé". Que l'exercice de la laïcité doive être amélioré, tout le monde en convient. Le grand rabbin de France demande que soit respecté pour les élèves le repos du shabbat. L'épiscopat s'irrite d'attitudes anticatholiques. Quant à la Fédération protestante, elle souhaite un toilettage de l'article 19 de la loi de 1905 qui exige que les recettes des associations cultuelles soient "exclusivement affectées aux besoins du culte", toute action sociale ou humanitaire leur étant ainsi interdite. Mais les données présentées dans le livre du ministre français sont à étudier avec nuances, perspicacité et réalisme. (source : presse) |
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