Fête du diocèse à St Joseph (Belfort)
27 janvier 2008

Homélie de Monseigneur DAUCOURT
(Dactylographiée par Myriam ROY à partir de l’enregistrement effectué par RCF)

 

 

Chers amis,

Evidemment comme à chaque eucharistie c’est à nous que le Seigneur s’adresse par l’Evangile qui vient d’être proclamé. Les apôtres envoyés aujourd’hui c’est nous : allez, allez annoncer l’Evangile à toute la création. Et nous ne sommes pas les premiers : tant de témoins nous ont précédés ! Tous ceux qui sont devenus disciples sont devenus apôtres car on ne peut pas croire au Christ sans être immédiatement envoyé par Lui pour proclamer par nos actes et par nos paroles la Bonne Nouvelle. Pour proclamer la Parole de Dieu. Et parmi les premiers il y a le Saint Patron de votre diocèse, l’apôtre Paul, dont nous avons entendu à nouveau un texte, Parole de Dieu justement, dans lequel il nous dit : « Vous savez, moi, annoncez la Parole, annoncer l’Evangile, c’est une nécessité qui m’incombe. Je suis fait pour ça. Je ne peux pas ne pas annoncer l’Evangile. »
Chaque baptisé doit dire la même chose. Et St Paul, donc, est pour nous celui qui nous rappelle que, qui dit baptisé dit envoyé, qui dit disciple dit apôtre quelle que soit sa vocation dans l’Eglise et quelle que soit sa situation dans la société.
Alors, puisque depuis un certain nombre de mois, même d’années si j’ai bien compris, vous avez votre attention de baptisés attirée d’une manière particulière sur la Parole de Dieu, puisque nous avons aussi suivi avec intérêt dans les autres parties de l’Eglise de France certaines de vos démarches comme ces responsabilités confiées à tel ou telle d’entre vous, hommes et femmes, d’être des serviteurs de la Parole, eh bien, je voudrais vous partager quelques réflexions autour de cette idée : servir la Parole, oui, mais comment, pourquoi, et il y a quelques conditions. Ce sont des rappels parce que je suppose que vous savez ce que je vais vous dire. Mais c’est intéressant, au moment où nous nous rassemblons pour l’eucharistie en cette fête diocésaine, de peut-être rassembler un certain nombre de ces exigences et donc de vous proposer ces quelques réflexions.
J’en ai noté cinq. Vous allez me dire ce n’est pas beaucoup ! Ca dépend du temps que je vais donner à chacune évidemment.
La première c’est que, annoncer la Parole de Dieu, faire connaître la Parole de Dieu, ce n’est pas faire connaître un texte, ce n’est pas distribuer un livre. Que les sociologues, les historiens, les politiques disent que nous sommes une religion du livre, comme le Judaïsme ou l’Islam, c’est tout à fait leur droit et c’est légitime dans leur discipline et selon leur vocabulaire. Mais nous ne sommes pas une religion du livre. Nous ne sommes pas une religion d’un livre. Nous sommes la religion de la Parole. Et nous savons que la Parole s’est faite chair. Nous sommes la communauté de quelqu’un qui est vivant, le Christ ressuscité. C’est Lui que nous annonçons, c’est Lui que révèle le texte. Vous allez me dire : pourtant il y a bien un livre, il y a même des livres : les Evangiles, les lettres de Paul et tous les livres de la première partie de la Bible. Il y a toute la Bible. Oui, il y a bien un livre. Mais je crois que cela vaut la peine de se redire que la Bible elle-même, quand nous l’appelons en la désignant comme le livre de la Parole de Dieu, nous prenons un raccourci. Nous sommes habitués, mais en rigueur de terme, ce n’est pas exact. La Bible n’est pas le livre de la Parole de Dieu. La Bible contient l’Ecriture, la Sainte Ecriture, comme nous disons et quand, avec la prière au St Esprit et avec notre vie, personnelle, mais aussi la vie de l’Eglise, la vie des hommes et des femmes de notre temps, nous faisons en sorte, que se rencontrent justement en nous la lumière de l’Esprit Saint et les évènements de la vie. Alors ce qui est Ecriture Sainte dans la Bible devient la Parole du Dieu vivant. Et c’est pour ça qu’un texte est valable il y a cent ans et après-demain et que j’ai lu un texte la semaine dernière, je le relis cette semaine : c’est le même mais la vie a bougé et l’Esprit Saint m’éclaire à nouveau. Et c’est ainsi que la Parole du Dieu vivant m’est donnée. Autrement dit, il n’y a pas d’accueil et d’annonce de la parole de Dieu, sans prière, sans réflexion, sans méditation et sans lien avec ma vie, la vie de mes frères dans l’Eglise et la vie des hommes et des femmes du monde entier. C’est pour cela que depuis que je suis évêque j’essaie d’encourager tous les groupes, dans mes diocèses successifs, pour que quel que soit le type de réunion (équipe pastorale, conseil paroissial, équipes du Secours Catholique, groupes de catéchèse, toute la liste que vous voudrez) il n’y ait pas une réunion de ce type sans qu’il y ait deux temps (au début ou à la fin, là n’est pas la question) : un temps où on proclame un texte de la parole et un temps où on partage la vie des gens. Qu’est-ce qui se passe actuellement dans notre société, dans notre quartier, dans notre immeuble ? Et après alors, on parlera de la catéchèse, on parlera de l’organisation de la paroisse, etc.…. Il faut bien le faire. Mais si nous voulons être des disciples, qui obéissent aux commandements du Seigneur que nous avons entendus il y a un instant dans l’Evangile, il faut alors que nous prenions et la Bible et la vie des gens en toutes rencontres. Sinon, nous sommes des hommes et des femmes qui font tourner des structures. Et même si ce sont des structures ecclésiales, religieuses, il ne faut pas s’étonner qu’à certain moment certains se découragent ou disent « j’aime autant faire autre chose ». Il faut que notre engagement lui-même nous nourrisse. Et pour qu’il nous nourrisse, il faut qu’il y ait un réel moment où nous portons ensemble et où on accueille ensemble et la Parole et la vie des gens. Et le texte et la vie des gens et ça devient Parole du Dieu vivant.

Deuxième réflexion : c’est toute la Bible qui nous révèle le grand plan de Dieu de rassembler toute l’humanité dans l’Amour. Et cela a commencé depuis la création. Puis après Dieu, c’est lui-même qui se remet en route, si je puis dire, vers l’Homme. Puis c’est le grand démarrage d’Abraham et de la cohorte des croyants. Et enfin l’Alliance définitive dans le Christ. Toute la Bible nous révèle ce mystère d’Amour de Dieu. Cette réalité du plan de Dieu qui est en train de se réaliser, et qui depuis la mort et la résurrection de Jésus est en route de façon irréversible, même s’il y a, par notre faute à nous d’ailleurs, parfois tant et tant de problèmes qui nous permettent de dire « Mais les choses semblent plutôt reculer ! ». Non, toute la Bible révèle que ce plan de Dieu est actuellement en acte. Et donc c’est toute la Bible que nous méditons, que nous lisons. Et c’est pour cela que nous avons depuis le Concile, presque tous les dimanches de l’année sauf au temps pascal, toujours une lecture de l’Ancien Testament. Ce n’est pas toujours facile, c’est vrai. Mais c’est l’ensemble de la Bible que nous recevons. Et je ne vous cache pas que je trouve surprenant que nous ayons des frères catholiques qui puissent célébrer la liturgie catholique sans recevoir ce trésor que le Concile a voulu explicitement nous redonner parce que pendant un certain nombre de siècles, nous n’avons pas su le garder. Pour servir le plan de Dieu dans l’histoire d’aujourd’hui, il nous faut accueillir toute l’histoire et de nouveau la méditer dans la lumière de l’Esprit Saint et en lien avec la vie des hommes et des femmes de notre temps.

Alors si toute la Bible est reçue, encore une fois, par l’action de l’Esprit en nous et par la réflexion sur la vie des hommes et des femmes de notre temps, et notre propre vie, si cette Bible toute entière, Ancien et Nouveau Testament, révèle le Christ lui-même (car le plan de Dieu c’est la présence du Christ en nous, c’est lui qui le réalise maintenant par son Esprit) alors il faut qu’il soit clair que servir la Parole, c’est servir le Christ. Et qu’il n’est pas possible de la servir si nous n’entretenons pas une relation personnelle avec le Christ vivant, à travers les moyens qu’il nous a laissés aujourd’hui. Bien sûr nous aurons la Parole elle-même, le texte. Je pense qu’un baptisé, bien que ce soit difficile aujourd’hui avec les différents rythmes de vie, devrait au moins lire l’Evangile du jour. Ca doit prendre au moins une minute et demie ! Et si on y ajoute la vie des gens, ça fera trois minutes ! Un minimum ! Encore une fois, rencontrer le Christ, dans la Parole mais aussi dans les sacrements, et dans la vie en communauté chrétienne. Oui, parce que le Christ réalisant le plan de Dieu de nous rassembler nous dans l’Amour déjà dès maintenant et de nous faire connaître la source de cet Amour pour que nous entraînions toute l’humanité et bien cela fait en sorte que nous pouvons dire nous, que nous ne sommes pas une religion justement au sens où on l’entend habituellement. C’est frère Roger de Taizé qui disait : « le Christ n’est pas venu fonder une nouvelle religion, mais recréer la communion entre l’humanité et Dieu. » Oui, nous sommes une communion. Nous pouvons dire cela parce que, encore une fois, nous ne suivons pas un programme, une belle morale, mais d’abord une personne, le Christ qui rassemble les chrétiens, mais encore une fois par eux, toute l’humanité. Voilà la différence entre la foi et la religion.
Que Monsieur le Président de la République parle à Rome de la religion catholique, c’est bien entendu son droit et chacun d’entre nous est libre d’interpréter son discours, mais il n’a pas parlé, et heureusement, ce n’est pas son rôle, de la foi catholique. La foi catholique c’est la foi au Christ vivant et l’appartenance à son corps qui est l’Eglise. De sorte que si, nous pouvons nous réjouir en tout cas nous interroger en voyant les changements qui se produisent dans les relations entre l’Eglise et l’Etat en France, en espérant que nous pourrons peut-être considérer un peu plus que nous aurons davantage de moyens pour annoncer l’Evangile, pourquoi pas ? gardons-nous d’espérer des privilèges. Plus l’Eglise a eu de privilèges, moins elle a été missionnaire. Toute l’histoire le montre. Alors soyons attentifs pour être des Hommes de la Parole vivante, c'est-à-dire des hommes et des femmes du Christ vivant avec lequel nous sommes en contact.

Ce contact personnel, je le disais, oui mais « un chrétien isolé, (vous connaissez le slogan) est un chrétien en danger ». Nous ne sommes pas chrétien tout seul. De par notre baptême nous sommes membres du corps du Christ et nous avons besoin les uns des autres dans la complémentarité, la diversité pour témoigner en actes, ensemble, que ce que dit la Parole est vrai. Il y a des groupes, il y a des personnes qui aiment distribuer des Evangiles dans la rue. Pourquoi pas ! Pourquoi pas ! Mais cela ne suffit pas ! Car une fois encore, je donnerai un texte ! Il faut que ceux qui le liront pour la première fois puissent se dire « Mais attention, ce qui est dit là, est-ce que c’est vivable ? Est-ce qu’il y a des gens qui en vivent quelque part ? Or, qu’est-ce qui est dit là ? Il est dit : « Dieu vous aime et Dieu vous rassemble dès maintenant dans la communion ». Autrement dit, si je distribue des Bibles, si je donne un Evangile, il faut, en même temps, que je puisse manifester que la Parole de Dieu s’incarne dans des communautés qui essaient de témoigner de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui. Même si c’est, et nous le savons bien car nous nous connaissons, imparfaitement. Nous sommes d’abord par notre vie personnelle et surtout par notre vie en Eglise ceux qui disent : « La Parole que nous servons, la Parole que nous proclamons est vraie ». Et c’est cette Parole là qui construit nos communautés. Rappelez-vous l’apôtre Paul disant au revoir aux Chrétiens d’Ephèse, il leur dit : « je vous confie à Dieu et à la Parole de sa grâce qui a le pouvoir de construire l’édifice ». C’est sur la Parole que reposent nos communautés, nos mouvements, nos services et non pas d’abord sur l’organisation et non pas d’abord sur la bonne entente. Nous ne sommes pas en paroisse ou en diocèse ou en équipes d’Action Catholique, que sais-je encore, parce que nous nous entendons bien et que nous sommes tous d’accord. Nous ne sommes pas toujours tous d’accord. C’est la diversité. Mais nous pouvons nous parler, nous pouvons nous réconcilier, nous pouvons avancer parce que nous servons la même Parole qui construit l’édifice. Et c’est cette Parole qui conduit aux sacrements et en particulier au sacrement de l’Eucharistie qui est le sacrement de l’Unité et donc le sacrement de la communauté.

Je suis à la cinquième, rassurez-vous, voici la cinquième réflexion. Il y a une unique Parole de Dieu. Il n’y a qu’une Bible. Tous ceux et toutes celles qui sont unis sacramentellement par un même baptême, qu’ils appartiennent à l’Eglise Luthérienne, à l’Eglise Adventiste, à l’Eglise Orthodoxe, à l’Eglise Catholique... tous ceux qui sont baptisés au nom de la Sainte Trinité reçoivent et servent la même Parole de Dieu. Oh, ce n’est pas nécessaire de le dire dans ce diocèse où depuis longtemps l’œcuménisme est une réalité au quotidien. Mais justement, si j’en parle c’est pour rendre grâce. Rendre grâce pour le service de tous les baptisés à l’Unique Parole de Dieu à travers le monde, mais spécialement ici chez vous. Et là je me permets cette petite note personnelle quand même (j’ai fait allusion toute à l’heure en disant que je ne parlerais pas de mes souvenirs), je voudrais dire quand même que je participe d’une manière particulière à cette eucharistie en action de grâce pour ce que j’ai reçu des chrétiens qui m’ont formé ici comme séminariste et comme jeune prêtre et en particulier dans le domaine de l’œcuménisme. Tous les chrétiens, pas seulement les catholiques, et en particulier nos frères et sœurs Luthériens et orthodoxes. Oui une seule Parole de Dieu. Et si je rends grâce c’est en même temps bien sûr pour vous encourager parce que nous savons que les temps ne sont pas toujours si faciles pour l’œcuménisme aujourd’hui. Nous avons besoin, dans le reste de la France, et ailleurs, de votre expérience et de ce que vous vivez ici. Ca nous intéresse ! Moi j’ai la chance d’être abonné à Parmi Nous… pardon, je ne suis pas abonné, on m’envoie Parmi Nous depuis 40 ans et je suis les nouvelles et j’en apprends aussi par des contacts directs. Nous en avons besoin parce qu’il y a des endroits, il y a des personnes où on sent comme des blocages… Je ne sais pas quel mot utiliser…. Parce que la vie de chacune des Eglises est difficile aujourd’hui dans ce monde et donc il y a moins de chrétiens, c’est vrai. Et les Eglises ont tendance, et la nôtre, je veux parler de l’Eglise Catholique, à s’occuper beaucoup d’elle-même. On s’occupe de nous-mêmes…faut faire ceci et comment on va faire là, etc.… c’est légitime d’une certaine manière mais nous sommes ensemble tous les baptisés au service du monde et si nous nous occupons uniquement de nous-mêmes alors nous n’avons plus besoin de nos frères et sœurs des autres Eglises. Et cet œcuménisme que le Pape Jean-Paul II définissait comme un échange de dons, alors n’existe plus et je le constate dans mon propre diocèse, dans certains milieux avec l’appui de certains courants. Personne n’est contre l’œcuménisme, tout le monde est pour maintenant, mais il ne suffit pas de cela, il ne suffit pas de prier une fois dans l’année entre le 18 et le 25 janvier ! C’est l’échange des dons. Et je me permets de dire aussi que je pose les mêmes questions à nos frères et sœurs des Eglises issues de la Réforme parce que ce n’est peut-être pas tout à fait les mêmes problèmes (à eux de le dire en tout cas s’ils ont aussi cela) mais c’est parce que nous avons la difficulté actuelle de nous entendre sur l’Unité que nous cherchons. Qu’est-ce que nous voulons ? Alors je constate que chez un certain nombre de nos frères et sœurs protestants, on nous dit : « mais écoutez, autrefois, on se tuait, après on s’est méprisé, ignoré. Maintenant on se parle, on se rencontre, on prie ensemble, on parle ensemble. C’est très bien, c’est l’unité, c’est la diversité, ça suffit ». A tel point que le Pasteur TARTIER, il y a déjà un certain nombre d’années disait, « Nous nous présentons un peu comme une « communauté d’églises pacifiquement divisée » ». C’est une expression ! Mais en tout cas, je tiens à ça pas du tout pour adresser des reproches à nos frères et sœurs, pas du tout, mais pour dire que nous avons maintenant une divergence qui existe toujours mais qui est un peu plus accentuée par rapport à ce qu’est l’Eglise et qu’il faut nous rapprocher davantage sur cette question-là. Bien sûr vous allez me dire c’est pour les théologiens. Oui, mais justement si j’en parle maintenant c’est à cause de la Parole de Dieu qui est unique. Et dans la mesure où chacun et chacune d’entre nous médite la Parole, fait le lien avec la vie des hommes dans la prière au Saint Esprit et que nous le faisons aussi ensemble entre chrétiens, alors je suis sûr que le Seigneur nous indiquera les véritables chemins de l’Unité. En tout cas, je souhaite que pour votre diocèse, et je prie à cette intention, vous continuiez à servir la Parole, c'est-à-dire finalement de vivre du Christ et d’être ensemble dans sa joie pour que le monde connaisse ce grand plan de Dieu, non pas seulement pour son Eglise ou les églises mais pour toute l’humanité. Nous rassembler dans l’Amour et que ce ne soit pas seulement une annonce par des paroles mais que par nos actes, nos engagements au quotidien, nous fassions avancer ce grand mouvement d’Amour grâce à la puissance du Saint Esprit dans le cœur de tous les baptisés et à notre disponibilité à cette puissance. Amen.

     
 

 

>>Diaporama de la fête du diocèse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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