Messe Chrismale à Audincourt, lundi 2 avril 2007

Homélie de mgr Schockert
L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. »
Ce beau texte du prophète Isaïe donne la signification de la messe chrismale que nous célébrons ce soir, à l’approche de Pâques.
Ces paroles annonciatrices d’une ère nouvelle prennent encore plus de force quand nous les entendons de nouveau, mais, cette fois, de la bouche de Jésus.
Par elles, Jésus indique, au début de son activité, le sens de sa mission et de son ministère : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit».
Le sens de la mission de Jésus et de son ministère donne le sens à notre mission et à notre ministère de baptisés.
« Vous serez les prêtres du Seigneur, on vous nommera les serviteurs du Seigneur.
Je vous donnerai fidèlement la récompense. Je conclurai avec vous une alliance éternelle. », disait déjà Isaïe.
Telle est la bonne nouvelle que nous recevons ici ensemble, ministres ordonnés et laïcs, unis par un même baptême.
L’Esprit de Jésus nous habite.
Nous sommes appelés à faire de l’Evangile un message de vie, de liberté et d’amour pour aujourd’hui, dans ce pays de l’Aire urbaine, à faire retentir la Parole qui fait vivre, à révéler Jésus-Christ.
Nous sommes les mots qui permettent à Jésus de se dire.
Tel est bien l’enjeu des orientations que nous nous donnons dans nos démarches pastorales ; elles mobilisent nos énergies et cherchent à faire de nos communautés une Eglise diocésaine vivante..
Je veux parler de tout ce que nous mettons en œuvre pour vivre l’Eglise autrement : les communautés locales qui s’organisent, - les ensembles de paroisses comme communion de communautés devenant « nouvelles paroisses », - des mouvements et associations de laïcs qui reprennent conscience de l’importance de leur mission et de la dimension spirituelle de leur engagement, - les services diocésains qui se mettent à notre service pour mieux proposer la foi aujourd’hui, - des établissements catholiques d’enseignement qui essayent de prendre au sérieux les dimensions complémentaires de l’acte éducatif, - une pastorale des jeunes qui ne se démobilise pas devant les difficultés…
Bref, en tout cela : la réussite du projet de Dieu est entre nos mains.
L’Eglise est toute entière mission.
Au nom de notre baptême : avant même d'être prêtre, diacre, évêque, ministre reconnu, il existe une réalité première, cette imprégnation du Christ de notre existence.
Ce qui nous habite de plus radical, n'est ni notre fonction, ni notre titre ni même notre ministère, mais cette capacité à nous laisser prendre par le Christ, celui qui a reçu l’onction, qui est l’ Oint par excellence.. A faire que notre existence toute entière, marié ou célibataire, religieux, religieuse, prêtre, diacre, retraité, qu'importe, que notre existence soit l'écho amoureux de cette parole fondamentale de Dieu à chacun de nous : “Je t'aime et mon amour imprègne ta vie”.
En nous appelant tous à coopérer à son œuvre, Jésus nous manifeste sa confiance. Faire Eglise, c’est, comme les disciples d’Emmaüs repartant à Jérusalem, témoignant de leur rencontre du Christ, se raconter les uns aux autres, ce que Jésus nous donne de vivre et d’accomplir.
Ensemble, nous avons à inscrire dans la réalité le livre de nos rêves : ce que nous rêvons pour ce monde - tant aimé de Dieu qu’il est venu partager son histoire - ; ce que nous rêvons pour l’Eglise – si précieuse aux yeux de Dieu qu’il nous appelle, évêque, prêtres et diacres, à investir toute notre personne, à consacrer notre vie à son service. Ministres ordonnés nous sommes donnés à l’Eglise pour « qu’elle ne perde pas la tête, qu’elle fasse corps, qu’elle garde les pieds sur terre ».
- Dans les sacrements, mais nous ne saurions les isoler de l’ensemble de notre activité pastorale, nous agissons en la personne du Christ.
Nous ne sommes pas le Christ mais, d’une certaine manière, par nos actes et par l’ensemble de notre vie, il nous revient de donner à voir quelques aspects de son mystère.
« Nous sommes un don de Dieu aux hommes, signe visible du Dieu de l’Alliance qui convoque, rassemble, envoie. »
C’est le premier service que nous avons à rendre à nos frères.
Nous devons être pour eux un accès au Christ.
Voilà qui nous invite à nous interroger, en presbyterium et chacun pour nous-mêmes, sur notre transparence au Christ, sur la qualité de notre accueil, sur notre disponibilité, sur notre capacité à parler du Christ de telle manière que chacun nous entende dans sa propre langue, que se renouvelle pour lui le miracle de la Pentecôte, qu’il se sente personnellement concerné, rejoint dans ses aspirations les plus profondes, voire les plus secrètes.
Alors c’est bien le Corps du Christ que nous construirons, une communauté harmonieuse où chacun aura sa place et sera reconnu, une communauté dans laquelle, nous seulement nous ne nous méfierons pas mais nous nous réjouirons des conseils et des diverses instances nécessaires à l’accomplissement de sa mission.
- Evitons d’absolutiser ce qui ne doit pas l’être.
C’est le second service que nous avons à rendre à nos frères.
Nous devons être pour eux des passionnés de communion, de leur communion fraternelle, de leur communion avec le Christ. L’homme sauvé par le Christ n’est plus un isolé.
L’homme sauvé par le Christ est membre d’un corps qui le nourrit et lui fait porter des fruits. Les acteurs de la mission sont divers.
Voilà qui nous invite à vérifier notre capacité à reconnaître les charismes de nos frères et à les articuler, à vérifier la fraternité qui nous unit.
Car c’est le présent de ce monde que l’Eglise doit habiter pour qu’il se transforme selon l’esprit de l’Evangile.
Nous devons avoir l’audace de nos rêves mais aussi ce sens pastoral qui nous fera respecter nos frères et les accepter tels qu’ils sont et non tels que nous voudrions qu’ils soient lorsque, guidés par une foi maladroite et souvent peu formée, ils viennent nous demander un sacrement ou plus simplement un conseil.
- Nous sommes les dispensateurs de la vie et des mystères de Dieu.
C’est le troisième service que nous avons à rendre à nos frères.
Je partage votre souci de faire que nos célébrations soient authentiques, qu’elles ne soient pas détournées de leur fin.
Mais il nous faut être de notre temps et prendre acte de ses nouvelles manières de vivre : avec des relations à l’Eglise qui ne sont plus régulières mais ponctuelles.
Nous avons sans doute à inventer et sûrement à mieux explorer les voies qui nous sont proposées par l’Eglise et qui sont plus riches et plus ouvertes que nos coutumes ou plus simplement nos habitudes ne nous le laissent penser.
Ne donnons pas le visage d’une institution qui refuse.
Quand on vient de loin, ce ne sont pas les textes et les théories qui permettent d’avancer, mais des rencontres avec des témoins de l’œuvre du Christ dans leur vie.
Soyons une chance offerte à ceux qui pauvrement, et sans peut-être pouvoir toujours se l’avouer, sont des chercheurs de Dieu.
Voilà qui nous invite à nous demander si notre charité pastorale est à la hauteur de l’amour du Christ pour tout homme, pour chacun de ceux et de celles qui constituent l’humanité ! La croissance de la vie de nos frères est-elle notre passion ?
L’Esprit du Seigneur nous envoie porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Notre ministère au service de nos frères donne à l’Eglise d’accomplir aujourd’hui cette parole de l’Ecriture.
+ Mgr Claude Schockert
Evêque de Belfort Montbéliard
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