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Jubilaires 2006 des diocèses de
Besançon et Belfort-Montbéliard
Jeudi 29 juin, nous voici autour de la table du Seigneur pour rendre grâces à l'occasion de ces jubilés sacerdotaux de nos deux diocèses : 25 ans de sacerdoce, 50 ans, 60 ans, 65 - 70 ans de fidélité à l'appel reçu et de service.
Homélie de Mgr schockert
Chers confrères,
Nes églises particulières vous expriment à travers nous leur profonde gratitude et vous souhaitent de continuer la route avec les sentiments que Paul exposait dans sa seconde lettre à Timothée : "Je
me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur".
Un merci tout particulier aux personnes qui vous ont été précieuses dans votre ministère : les aide aux prêtres, les communautés religieuses.
Regard vers le passé et l'avenir
Au-delà des réceptions de confrères et d'amis, de la sympathique convivialité dont ces anniversaires sont l'occasion, vos jubilés vous invitent spontanément à une relecture de ces années, à regarder à la fois vers le passé et à vous ouvrir à l'avenir, en sachant que, si à la fin de sa vie, celui qui a mis la main à la charrue ose quand même se retourner, il a de fortes chances de voir, malgré toutes ses dérives, un long et profond sillon tracé à travers de multiples et différentes terres. Le sillon tracé devient alors la preuve irréfutable que la fidélité de Dieu a tenu les rênes.
L'appel
Si la charge est lourde, il reste qu'elle est passionnante et source de bonheur profond, quelles que soient les difficultés, prévues ou imprévues, les solitudes avouées ou inactivées, les erreurs possibles ou les craintes de l'avenir.
Un jour, chacun d'entre vous a entendu l'appel du Seigneur. Rien d'extraordinaire dans la plupart des cas. Dieu frappe doucement à la porte d'une vie. La piété familiale, l'éducation, l'admiration pour un curé ou un vicaire, la sensibilité à la peine, à la détresse, à la souffrance des hommes, la prière, la liturgie, la générosité d'un engagement traduisent en termes concrets les médiations de l'appel de Dieu : "Suis-moi". Sur cette parole, vous avez appris les premiers mots du renoncement et du don de soi.
Déjà le Seigneur demande tout : la profession que vous auriez aimé exercer, le couple que vous auriez pu espérer fonder, les enfants que vous auriez désirés, les responsabilités que vous étiez en mesure de pouvoir prendre.
Par le don de l'Esprit saint et le ministère de l'évêque, vous êtes consacrés et envoyés pour ''agir'' au nom du Christ en personne.
Vous avez répondu :
Avec enthousiasme et dynamisme, vous avez répondu "présent'' sur tous les fronts de l'évangélisation.
La plupart d'entre vous avez été pasteurs de communautés. Avec d'autres confrères, aumôniers, vous avez éveillé et accompagné des vocations de militants dans des mouvements apostoliques. Inlassablement, "vous vivez avec les autres hommes comme avec des frères".
Des bouleversements
En 50 ou 60 ans le ministère, mais même aussi en 25 ans, le retour sur le passé, nous fait mesurer les changements survenus dans la société et dans l'Eglise, les adaptations nécessaires, les conversions engagées.
L'entrée de notre société dans le renouveau industriel de l'après-guerre, la crise d'identité qui traverse l'Europe, les chocs économiques successifs ont probablement changé le paysage humain et entraîné un bouleversement spirituel. La vie de l'Eglise en est profondément affectée. L'exercice du ministère presbytéral en est fatalement marqué. Le monde occidental essuie une véritable tempête. Quelques clignotants indiquent que le presbyterium diocésain n'est pas épargné : diminution du nombre des candidats, fléchissement des santés, accroissement des charges, organisation nouvelle et j'en passe. . .
Nous dépensons, à bon escient, je crois - beaucoup d'énergies à adapter nos moyens. Il ne faudrait cependant pas y chercher une succession de palliatifs destinés à nous permettre de songer encore à un passé qui n'est plus. Oui, la pauvreté est devant nous, elle est en nous. Elle nous condamne à des arrachements successifs. Elle nous remet au coeur de l'évangile, de la foi, de l'Eglise. C'est un Christ nu qui a été cloué sur la croix, celui-là même qui est ressuscité au matin de Pâques. "Voici l'homme". "Voici les prêtres".
L'essentiel
Tant de points de repères qui ont situé le sacerdoce ministériel dans notre univers occidental disparaissent.
lci je ne peux pas ne pas penser à ces évêques et prêtres qui sont restés en Algérie après l'indépendance. En 1990, avec neuf prêtres de mon année d'ordination, nous fêtions nos 25 ans de sacerdoce. Nous sommes allés trois semaines en Algérie. Nous avons eu la grâce de rencontrer entre autres les pères Teissier, Claverie, Scotto, Duval, et l'actuel évêque du Sahara, Claude Rault, les moines de Tibhirine. Evêques et prêtres sont restés sans communauté à rassembler comme ils le faisaient auparavant. "La bulle ecclésiale avait éclaté"...
Alors, ils ont fait l'expérience toute nouvelle pour eux, d'être acculés à l'essentiel : à savoir, la parole de Dieu, l'eucharistie et la capacité de chacun à entrer en relation avec l'autre différent.
Frères prêtres,
Quelles que soient les turbulences, il reste que la puissance de l'évangile, la force de l'Esprit saint, l'énergie de l'amour sont profondément enracinées en nous. Si elle a un jour servi de sauf-conduit dans notre société, la carte d'identité de prêtre ne suffit pas.
Le temps de la foi
Plus que jamais, nous sommes au temps de la foi :
Croyons-nous vraiment que la parole de Dieu rend l'espérance à l'homme ?
Croyons-nous vraiment que les sacrements font communier à la vie divine ?
Croyons-nous vraiment que l'amour reçu et partagé transforme le monde ?
Dans un article de la revue Etudes "Parlez-nous du prêtre", le P. Robert Scholtus écrivait :
Le prêtre est "le serviteur de l'inquiétude et l'homme du paradoxe", comme le désignait si bien Jean Sulivan, en tant qu'il se tient à la jonction de l'Evangile, de l'Eglise et du monde.
Et il ajoutait : "[...] il importe qu'il fasse passer l'épée du paradoxe au juste point et qu'il ne soit pas haï,' autant qu'il est possible, pour des raisons étrangères à sa mission".
Ce ''juste point'', c'est le lieu où se joue la vérité de la vie spirituelle du prêtre, l'instance la plus intime où "il respire ce qu'il est par ordination et ce qu'il fait par fonction" (Jean Schontz).
L'être-prêtre
C'est de ce lieu d'infinie solitude, de ce "point de très profonde quête de joie qui le constitue dans son devenir", que peut se donner à entendre la vérité de l'être-prêtre, le secret de la vie des prêtres, jusque dans leur lassitude et leur tristesse - et, pour certains, leurs abandons et leurs naufrages.
Car, "quoi que soient devenus ces prêtres en le voulant ou en le subissant - certainement les deux se mêlent - un jour ils ont eu I'audace de leur offrande... Prenant à bras le corps leurs élans et leurs pesanteurs, saisissant dans leurs mains pulsions, espoirs, aveuglements, bonne volontés, ils ont tout jeté entre les mains de Dieu et se sont jetés eux-mêmes, plus loin que ce qu'on peut saisir de soi... Quoi qu'ils soient aujourd'hui, si las ou déprimés, si fermés ou fanfarons, si fautifs même, rien ne peut effacer cet instant de gloire".
Les sources de l'amour
Alors, de qui, de quoi aurions-nous peur ?
La puissance de Dieu se manifeste dans la faiblesse de l'apôtre ! n'oublions jamais que nous serons toujours craintifs et tremblants devant la parole et ceux à qui il nous faut l'annoncer. Dans le même temps, il nous revient de faire jaillir les sources de l'amour.
Avec quelle joie, nous redisons quotidiennement à tout homme qu'elles ne sont jamais asséchées, même dans la nuit épaisse de la détresse et du péché. L'Eglise sera toujours au milieu du monde le Corps mystique de ce Christ qui, fou d'amour, a livré sa vie un certain vendredi. Ce don est devenu source de vie.
Frères prêtres, quel que soit notre âge ou nos activités même réduites au minimum, restons ministres de ce Seigneur, pas d'un autre.
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