PÈRE ANDREA SANTORO : LE CHRISTIANISME ET L’ISLAM DOIVENT COMMUNIQUER

Eglise et mission

 

[Nous publions quelques passages de la lettre que Père Andrea Santoro – assassiné dimanche dernier en Turquie – a écrit le 28 octobre 2005 de Trabzon (ancienne Trébizonde), dans laquelle il témoigne du lien étroit qui l’unissait à sa communauté d’origine et à la Turquie, à laquelle il se dédiait. Un témoignage qui fait écho à l’appel lancé aujourd’hui par le Pape sur la dévotion de "ce serviteur de l’Évangile silencieux et courageux"]

"Mes très chers, cela fait longtemps que je ne vous écrivais pas, mais très peu que je ne priais pas pour vous, car je le fais chaque jour durant la messe, aux louanges comme aux vêpres. Je le ferai de nouveau d’ici peu, à 18h30. J’unirai votre souvenir à celui de la Turquie qui célèbre demain l’anniversaire de la proclamation de la République. Vous et la Turquie : qui aurait pu me dire il y a plusieurs années que j’aurai uni dans mon cœur deux amours si éloignés ? (...) Je ressens en moi des raisons d’aimer les uns et les autres, des motifs pour les tenir serrés dans le même calice et rassemblés au pied de la même croix. Mais j’avertis également des distances entre eux, certes correctes, parfois seulement camouflées par des déclarations d’amitié, de respect et de collaboration, d’autres fois au contraire vraiment apaisées par des efforts sincères entrepris par plusieurs parties en présence pour se comprendre, s’accepter, offrir chacun son propre patrimoine et découvrir celui de l’autre. D’autres fois encore j’ai l’impression que ces mondes ne se parlent pas en profondeur, mais font comme ces couples qui ne parlent que des courses à faire, des factures à payer, des meubles à déplacer, de la santé des enfants et qui se leurrent en croyant communiquer alors qu’ils deviennent toujours plus des étrangers. Europe et Moyen-Orient (Turquie comprise, bien que représentant un cas à elle seule), Christianisme et Islam doivent parler d’eux, de leur propre histoire passée et récente, de la façon dont concevoir l’homme et penser la femme, de la propre foi. Ils doivent se confronter sur l’image de Dieu, de la religion, de l’individu, de la société, de la façon dont conjuguer le pouvoir de Dieu et les pouvoirs de l’état, les devoirs de l’homme devant Dieu et les droits que Dieu, par grâce, a conféré à la conscience humaine. Ils doivent se confronter sur ce qu’ils entendent par vie, famille, futur, progrès, bien-être, paix, sur le sens qu’ils donnent à la douleur et à la mort, sur ce que signifie que les peuples sont nombreux mais l’humanité n’est qu’une seule, que la terre est divisée en nations territoriales mais qu’elle est toute entière une maison commune. Il faut qu’ils acceptent de faire à haute voix un examen de conscience, sans peur de revoir leur propre passé. Ils doivent s’aider réciproquement à purifier leur propre passé et mémoire. C’est seulement de l’humilité face aux propres erreurs et de la miséricorde face à celles de l’autre que peut naître une réconciliation faite d’une absolution réciproque". [VV]

MISNA

 


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