Liban : notre diocèse se souvient
Il y a 9 ans, à l'occasion des JMJ de Paris, notre diocèse de Belfort Montbéliard accueillait de jeunes pèlerins libanais venant de Zahlé dans la plaine de la Bekaa.
Le 15 août de cette même année nous fêtions ensemble l'Assomption dans mon petit village de Montreux-Château. L'église Notre Dame de la Paix s'emplissait alors de tous ces jeunes Libanais accompagnés de leur évêque le Père Georges Scandar. En ces murs s'élevait une prière chère à tous les Chrétiens du monde : Le Notre Père. Mais cette fois-là, notre doyenné de Chèvremont, rassemblé autour de ces jeunes maronites, entendait pour la première fois cette prière en langue arabe. Et oui, Arabes ils le sont, et Chrétiens! Nous le découvrions pour la plupart d'entre nous.
J'entends encore leurs chants, j’entends encore leurs rires, leurs prières...nos prières pour la Paix...
Le doyenné de Chèvremont leur avait offert l'hospitalité de ses maisons et de ses familles. Quels partages, quelle joie d'êtres frères et amis... Inévitablement des liens s'étaient alors noués entre nous tous.
L'année suivante, un petit groupe de notre diocèse s'était rendu à Zahlé. Près de 15 jours où leur générosité, leur joie, leur foi nous avaient permis de découvrir un pays de Lumière, de contrastes et de vie. Il y avait tellement d'espoirs en chacun d'eux ! Tous, ils nous faisaient voir les projets et les initiatives de reconstruction de leur pays. Des grues émergeaient de quartiers encore marqués par les affrontements des dernières années. Partout des chantiers, partout de la vie, partout la joie d'être en Paix.
Chants, danses, repas colorés, paroles d'amitié et de fête... Nous avions eu ce privilège de les connaître mieux à travers leur pays, leur culture...
Nous avions eu ce privilège de faire d'eux nos amis...
Et aujourd'hui 9 ans après... jour pour jour, tous nos amis sont sous les bombes. Zahlé est coupé de la capitale Beyrouth. On ne compte pas encore de victime, mais la peur s'est installée là où il y avait l'enthousiasme et l'espoir. Là où régnait la lumière, les bombes noircissent le paysage et écrasent la vie qui renaissait.
Il est difficile et douloureux de savoir que nos amis sont là, pris dans cette folie.
Mais que nos amis soient les victimes, doit nous rappeler que toutes les victimes de ces guerres…sont nos frères.
Chaque jour, depuis tellement longtemps, on nous égraine un chiffre « anonyme » de morts en Irak…de morts en Palestine…de morts en Israël…de morts au Sri Lanka… On en vient à oublier qu’ils sont hommes et femmes… qu’ils sont enfants.
On en oublie qu’ils ont une existence à vivre.
On en oublie qu’ils sont comme nous, emplis de désirs, de projets, de soucis, souffrant des mêmes maladies, des mêmes déceptions…
On en oublie qu’ils aiment…eux aussi !
Savoir que des amis m’ayant accueilli dans leurs maisons, dans leurs familles, sont victimes…Alors tous ceux qui souffrent et meurent de cette folie, tous me deviennent des amis.
Mais que faire ??
Au moins une chose est possible et à notre portée : celle de ne pas ignorer, celle de ne pas banaliser ces décomptes morbides…
Ils sont hommes comme nous. Ils sont fils et filles de Dieu.
Conservons notre capacité d’indignation. N’acceptons jamais l’inacceptable !!
C’est en Chrétiens et en Croyants que nous pouvons réagir.
La prière est une arme pour la paix.
La prière est une force pour les faibles.
La Communion est une présence réelle au côté des blessés de la vie.
Florence Braghini
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