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Taizé : une humanité rassemblée
Difficile d'oser une comparaison avec des vagues en ces temps où la catastrophe naturelle d'Asie marque nos coeurs. Pourtant, c'est bien une vague de jeunes en confiance qui a déferlé sur Lisbonne du 28 décembre au premier janvier. Une vague, parce que nous sommes venus et repartis peu de temps après, mais repartis différents. Une vague, parce que nous sommes tous venus de notre milieu naturel, de notre petit coin de mer, rencontrer la terre d'autres hommes, mais surtout d'autres hommes de la terre, qu'ils soient sable, galets ou falaises. De par leur nombre, certains peuples formaient de plus ou moins grosses vagues : les Polonais étaient 6000, nous étions trois fois moins, mais tous, nous avons été frappés par l'accueil du rivage portugais : ils se sont vraiment mis en 4, que dis-je, en 8 ! Tous les jeunes présents à la rencontre étaient accueillis dans des familles, toutes les paroisses s'étaient vraiment mobilisées : dans celle qui m'a accueilli, les jeunes Portugais ont donné le ton dès notre arrivée sur place : un buffet nous attendait, et plus on mangeait, plus il y avait à manger ! Nos matinées (prière commune, puis temps de réflexion sur la Lettre de Taizé) ont été enrichies de témoignages poignants et pleins de vérité et d'espoir de personnes actives dans la paroisse. Citons une femme qui visite les prisons, un homme au contact des sans-abri, des jeunes qui proposent la foi par le théâtre, un couple de chanteurs, un couple au service des plus pauvres, et la liste est longue. Ce qui m'a frappé dans leurs actions, c'est la coordination : les groupes se parlent entre eux, ils travaillent en équipe, les paroissiens se connaissent et échangent leurs soucis : un SDF est repéré à tel endroit par les uns, aussitôt les autres vont à sa rencontre pendant que d'autres imaginent des moyens de le réinsérer. Ces échanges entre les paroissiens à la fois fiers de partager leur quotidien et malgré tout très humbles, étaient d'autant plus forts que nous devions aller directement à l'essentiel. En effet, lorsque nous sommes dix autour d'une table, le témoin parle en Portugais, son propos est ensuite traduit en Anglais, puis selon les nationalités présentes, on retraduit en Italien, Allemand, Français, Polonais, etc... pour que personne ne soit exclu. Mais bien sûr, cela n'autorise ni fioritures ni exercices de style, seul l'essentiel passe. Bizarrement, malgré la situation géographique de Lisbonne, c'est avec de la fraîcheur dans le cour que je reviens : demandez à un Portugais s'il serait possible d'envisager quelque chose (une rencontre, utiliser un téléphone, un ordinateur, répéter ensemble une pièce de théâtre (!) sur la vie de Maximilien Kolbe ) il vous répondra d'un air assuré : " We will make it possible ! " (on va le rendre possible !) La première seconde, on se sent tout petit à côté, et finalement on comprend que la difficulté tient beaucoup plus au fait d'oser qu'au geste en lui-même, que ce qui manque le plus, ce n'est pas les moyens, mais bien la confiance ! Une rencontre européenne, c'est aussi un passage, celui d'une année à l'autre. Cette année, la transition s'est faite lorsque nous étions en plein temps de silence dans la prière pour la paix. Je peux vous assurer qu'à cet instant, aucun murmure à l'intérieur du gymnase où nous étions n'est venu interrompre ce que nous étions chacun en train de partager avec l'Eternel, et 2005 a patiemment attendu la fin des chants qui étaient prévus pour que tout le monde s'embrasse, avant que ne commence la fête des nations qui est un grand moment de chaque rencontre. Chaque pays anime la veillée à tour de rôle : un jeu russe précède une bourrée bien française avant que les Portugais ne viennent faire mîmer et chanter à 100 personnes une stupide histoire de pingouins sur une banquise, dont l'air nous reste encore en tête. Lors des prières du soir et du midi (celles où nous sommes 40* à chanter ensemble) Frère Roger nous a parlé de confiance bien sûr, mais il nous a aussi appelés à l'unité et à la réconciliation entre Chrétiens. Lors de notre célébration du premier janvier, un évêque Polonais concélébrait en Italien avec le prêtre Portugais assis à côté d'un Pope ! S'il est certain que ces trois là avaient des différences, à commencer par la langue, on sentait qu'ils partageaient, (et nous avec eux), la même Joie ! Dans une autre paroisse, un prêtre lisboète a confié que ce qui s'est passé à Lisbonne devait être un prélude au pèlerinage de Confiance sur la terre qui doit lui se dérouler durant les 362 autres jours de l'année qui nous séparent de la prochaine rencontre ! Dans de tels moments, on entrevoit aussi que cette confiance entre nous, peuples d'Europe et d'ailleurs, nous vient de plus loin que nous : si l'Esprit est présent au plus profond de chacun d'entre nous, s'Il marche avec nous chaque jour, alors nous marchons tous ensemble ! Et si maintenant nous nous laissons guider par l'Esprit, nous irons au même endroit, et vu ce que l'Esprit est capable de faire au cours d'une rencontre, cet endroit devrait être plutôt pas mal ! Vincent Haegelin * milliers s'entend !
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