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Mémorial de la Shoah à Paris :
« Je veux redire avec gravité que l'antisémitisme n'a pas sa place en France. L'antisémitisme n'est pas une opinion. C'est une perversion. Une perversion qui tue », a déclaré le président de la République française, M. Jacques Chirac, ce mardi 25 janvier, au matin, lors de l'inauguration du « Mémorial de la Shoah », à Paris. Le président français s'y est recueilli devant les photos des Déportés juifs de France dont les noms sont désormais inscrits sur ce mémorial. Le texte intégral du discours du président Chirac est publié par le site Internet de la présidence de la République (www.elysee.fr). "Nos frères dans l'ordre de la nuit" « Sur ce mur, 76 000 noms rendent une dignité posthume à des vies brisées », a déclaré le président. « En visitant ce Mémorial, comme nous avons pu le faire tout à l'heure, avec une profonde émotion, j'ai été frappé par la force de sa sobriété. Des noms, des dates, des chiffres, des cartes. Quelques photographies. Des faits. Rien de plus. Mais des noms qui nous regardent et nous observent. Des faits qui nous parlent et nous apostrophent », a fait observer le président. "Souviens-toi. N'oublie pas". "Zakhor, Al Tichkah". En ce lieu où l'émotion se mêle au recueillement, l'immense chagrin au regret, cet impératif, placé au cour du judaïsme, résonne d'un écho singulier. Ce matin, c'est une nouvelle fois la mémoire qui nous rassemble. Le simple héroïsme du témoin, l'humble fierté de la mémoire, la puissance du souvenir et le refus de l'oubli, sont l'ultime défaite de la barbarie. Le mémorial de la Shoah invite la France à se souvenir de ceux que Malraux appelait "nos frères dans l'ordre de la nuit" », a souligné le président français. La « résistance » de la « mémoire » Le président rappelait l'initiateur de cette « mémoire » et de ce qu'elle signifie comme « résistance »: « Prendre des notes au cour de l'Apocalypse, rassembler papiers et témoignages, face à la mécanique inexorable de l'extermination, tel fut le défi relevé par Isaac Schneersohn. Symbole émouvant de l'héroïsme et admirable illustration du travail de l'historien. En créant à Grenoble, en avril 1943, le Centre de documentation juive contemporaine, Isaac Schneersohn accomplissait un acte d'une authentique résistance. Celle de la mémoire. Déjà, la faiblesse était plus forte que la force elle-même ; l'honneur plus grand que la honte ; l'espoir plus puissant que la peur. Déjà, s'exprimait toute la dignité de l'homme quand il demeure debout, au cour des ténèbres. Isaac Schneersohn ou l'archiviste de l'esprit contre la bureaucratie de la barbarie ». Qui voudrait nier cette réalité sera
poursuivi, condamné avec la rigueur de la loi Pour M. Chirac, ce Mémorial invite tout d'abord à la vérité sur notre histoire, face à toute tentative de négationnisme : « En cet instant, l'histoire hante nos consciences. Elle nous fait un devoir pour toujours. Ce devoir c'est d'abord une exigence de vérité (.). A ceux qui voudraient nier cette réalité, nier ces faits, nier cette histoire, je dis solennellement qu'ils seront poursuivis et condamnés avec toute la rigueur de la loi. La science fut dénaturée pour légitimer le racisme. Nous n'accepterons pas qu'elle soit dévoyée pour justifier le négationnisme, ce crime contre la vérité ». « Nulle résurgence ne peut être tolérée
» Il s'adressait aussi aux enseignants : « Je compte sur tous les professeurs de France et je les invite à amener leurs élèves ici, au Mémorial de la Shoah, pour que nos enfants voient, comprennent et n'oublient jamais. La mémoire de la Shoah n'est pas seulement celle d'une communauté. Elle est notre mémoire commune. Elle est l'obligation pour la Nation, de se rappeler son histoire. Par delà la singularité bouleversante des destins, elle exprime, comme le montre si bien "Shoah", le chef d'ouvre de Claude Lanzmann, la nécessité pour l'humanité tout entière de se souvenir des crimes commis par elle et contre elle ». Enfin, le président Chirac invitait à la « vigilance » et à la « détermination ». Il définissait l'antisémitisme comme une « perversion qui tue », « une haine qui plonge ses racines dans les profondeurs du mal et dont nulle résurgence ne peut être tolérée ». « Il n'y a pas d'acte ni de propos excusable en la matière. Rien n'est insignifiant. Qu'elle suinte par l'écrit, la parole, la télévision, l'ordinateur ou le satellite, cette haine est intolérable. Le Gouvernement met et mettra tout en ouvre pour que cesse l'antisémitisme », affirmé le président. Les « Justes », conscience et honneur
de notre pays « Quand je me tourne vers ce mur des noms, je pense aussi aux Justes, conscience et honneur de notre pays, grâce à qui les trois-quarts des Juifs de France ont été sauvés. Leur lumière, celle de toutes celles et de tous ceux qui ont alors dit non, éclaire aujourd'hui encore notre pays », a souligné en même temps le président. Il précisait : « Mais je n'oublie pas non plus les heures les plus sombres de notre histoire. Le 16 juillet 1995, j'ai rappelé, au nom de la France, lors des cérémonies commémorant la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942, que la folie criminelle de l'occupant avait bien été secondée par des Français et par l'Etat français. La France se devait de reconnaître sa responsabilité. Elle se doit de tout faire pour rester fidèle à l'héritage humaniste qu'elle avait alors trahi. Tout faire pour assurer à chacun, sur notre sol, une existence digne, libre et sûre quelles que soient ses convictions, quelles que soient ses croyances ». Les Juifs peuvent vivre en dehors d'Israël
et ne pourraient pas vivre sans Israël Europe rassemblée, monde de paix, avenir
de justice, de liberté et de respect Rappelons que les noms des « Justes parmi les Nations » (« Righteous Among the Nations ») honorés au mémorial de Yad vaShem se trouvent sur le site du mémorial (http://www1.yadvashem.org/education/french.html). On y trouve par exemple les noms de l'archevêque de Toulouse, Mgr Jules-Gérard Saliège (1870--1956), ou du pasteur André Trocmé, chef spirituel du Chambon sur Lignon, village qui hébergea quelque 5000 enfants juifs. Les « justes » français, reconnus comme tel par Yad vaShem, seraient, à ce jour, 2366. On peut découvrir sur ce site des histoires poignantes, dans d'autres contextes, comme celle de Mustafa et Zayneba Hardaga, de Sarajevo - en anglais -. |
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