Mercredi 6 avril 2005
Cathédrale saint Christophe
Messe pontificale en hommage à Jean-Paul II

« Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon Eglise »

Homélie

 

C’est avec émotion et reconnaissance que nous évoquons ce soir la figure exceptionnelle de ce grand serviteur que fut Jean-Paul II.
Les reportages nombreux des médias nous ont permis ces jours-ci de découvrir ou de redécouvrir la personnalité et l’œuvre de ce pape venu des pays de l’Est.
Rencontres innombrables, interventions de toutes sortes, textes et documents officiels abondants.
Le Saint Père aura ainsi passé plus de 10% de son temps de pontificat en dehors du Vatican, visitant 130 pays de notre planète et certains plusieurs fois à commencer par le nôtre.
Des millions de personnes ont pou ainsi le rencontrer à Rome ou au cours de ses voyages. Il est certainement l’homme qui a rencontré le plus grand nombre de ses semblables.
L’évocation de ces chiffres ou de ses performances ainsi évoquées par les medias sont une première approche de la grandeur de notre personnage.
Il nous faut maintenant en venir à ce qui fut le centre et le cœur de toute sa vie.

Jean-Paul II était un croyant, engagé radicalement dans sa foi, totalement livré à elle...Totus tuus, sa devise l’exprime « je suis totalement à toi, totalement tien, Seigneur. » Là est la clé de son engagement à la suite du Christ comme prêtre, alors que ses compétences intellectuelles et son goût pour le théâtre pouvait le destiner à une toute autre orientation de vie.
Là est l’unique motif pour lequel il a tant écrit, parlé, tant agi, tant voyagé, tant donné.
Là enfin, est la raison pour laquelle il a choisi d’aller jusqu’au bout de son engagement malgré la souffrance et la maladie.
C’était un spirituel, un mystique, un priant. Aimant Dieu de tout son cœur, il était habité par lui, il le servait des toutes ses forces. Là est sa détermination pastorale à tout faire pour que Dieu soit honoré par ses contemporains. Ses trois premières grandes encycliques : « le Christ, rédempteur de l’homme », « Dieu, Père riche en miséricorde, », « L’Esprit-Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » De là est né son engagement prodigieux pour les jeunes avec la création des journées mondiales de la jeunesse. De là également, son combat, maintenu, malgré les incompréhensions, voire les hostilités contre ce qu’il a appelé « une culture de mort » et pour ce qu’il entend par « culture de vie » et « civilisation de l’amour ».

S’adressant au monde au début de son pontificat, il disait : « N’ayez pas peur ! Au contraire, ouvrez toutes grandes les portes au Christ… Je vous le demande, je vous en supplie : laissez le Christ vous parler. Lui seul possède les paroles de la vie, oui, de la vie éternelle ».
Il est convaincu que ce qu’il appelle « l’éclipse du sens de Dieu » ne peut se solder que par ce qu’il nomme « l’éclipse du sens de l’homme ».
Cette conviction forte nous ouvre à la compréhension des principaux aspects de son enseignement et de son action durant tout son pontificat.

Il était de la trempe de St Irénée, le grand témoin du IIème siècle : « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; et la vie de l’homme, c’est la vue de Dieu ».

-engagement pour la liberté des hommes, pour la paix et la solidarité dans le monde. Ici, il suffit d’évoquer la première visite de J-P II à son pays d’origine encore sous l’oppression. C’était en juin 1979. « les neufs jours qui bouleversèrent le monde » et nombre d’analystes ne craigne pas de voir là le début de la fin du communisme en Europe »
- Autre fruit attestant la fécondité de la foi dans le monde des hommes : l’engagement pour le dialogue interreligieux tout autant que pour le dialogue interconfessionnel. Ici, contentons-nous de rappeler, d’un côté, la signature du capital accord sur la doctrine de la justification avec la fédération luthérienne à Augsbourg en 99, et de l’autre, les deux convocations d’Assise, accompagnées et suivies de tant de gestes à l’égard avant tout des juifs, des musulmans, des bouddhistes et de bien d’autres.
- Autre fruit de la fécondité de la foi en ce monde : la repentance.
La foi qui fait vivre l’Eglise dans l’Esprit de l’Evangile ne lui permet pas seulement d’œuvrer pour la liberté, la paix, la justice aux plans économiques, social et politique ; pas seulement de porter du fruit aux plans spirituel et religieux. Elle appelle aussi l’Eglise et les chrétiens, et toujours en ce monde, à poser le signe de la repentance.
Comment pourrions-nous être dans la vérité devant Dieu, si l’on ne se responsabilisait pas par rapport à tout ce qui, en nos vies et dans notre histoire, a été détournement de la foi, contre- témoignage par rapport à l’Evangile ?
On a noté que J-P II a employé plus de trente fois l’expression « Au nom de l’Eglise, je vous demande pardon »
Il écrivait en entrant dans le troisième millénaire : « Alors que le second millénaire du christianisme arrive à son terme, l’Eglise doit prendre conscience, avec une lucidité ravivée, qu’au long de l’histoire, il est arrivé à ses fidèles de se montrer infidèles en péchant contre le Christ et son Evangile ».
En invitant ainsi au repentir, c’est un bel exemple donné à l’humanité. Comme il le dit lui-même : il n’y a pas de paix sans pardon : pardon donné bien sûr, mais aussi pardon demandé.

Tout ce qu’il a dit et fait a sa source dans sa qualité de Souverain Pontife, successeur de Pierre et ne prend son sens que de cette mission-là. Il avait conscience de sa mission propre de témoin et serviteur de l’unité et qu’il mesurait bien aussi les obstacles qui subsistent encore à sa plus large reconnaissance. Il ne manque pas de souligner la nécessité de continuer à travailler à surmonter ces obstacles par la prière, la réflexion théologique et déjà, l’action commune partout où elle est possible. Ici, c’est bien sûr à l’encyclique Ut Unum Sint que nous sommes renvoyés.
Ce qui comptait avant tout pour lui et dans toute sa vie, c’est la foi en Dieu, l’attachement à Dieu, l’engagement pour Dieu.
C’est bien cela en effet, qui se révèle en toutes ses paroles et en tous ses actes, à travers tous ses engagements de toujours et à travers toutes ses souffrances endurées.
Et c’est pour cela aussi, que nous le vénérons et que nous l’aimons !

+ Monseigneur Claude Schockert
Evêque de Belfort Montbéliard

 


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